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Hausse des prix en EHPAD : ce que plafonne la règle

Le prix d'hébergement ne peut augmenter de plus de 0,86 % en 2026. Ce que ce plafond couvre vraiment, et ce que montrent nos deux photos de 4 297 EHPAD.

Publié le · Sources : Légifrance, Portail national d'information pour les personnes âgées (CNSA) · Par Arno Joyeux

Un arrêté fixe chaque année de combien le prix d'hébergement d'un EHPAD peut augmenter : 0,86 % pour 2026, contre 3,21 % pour 2025. Ce plafond est réel, mais il est beaucoup plus étroit qu'il n'y paraît — il ne concerne ni tous les établissements, ni tous les résidents, ni toute la facture. Entre la photo de la CNSA arrêtée fin 2024 et celle que ce site publie aujourd'hui, le prix d'hébergement déclaré par les 4 297 EHPAD comparables a augmenté de 3,16 % en valeur médiane — avec 407 jours, en valeur médiane, entre les deux déclarations comparées.

Ce que le plafond couvre, et ce qu'il ne couvre pas

Le plafond vient de l'article L342-3 du code de l'action sociale et des familles. Il faut en lire la phrase entière : les prix « sont librement fixés lors de la signature du contrat. Ils varient ensuite, dans des conditions fixées par décret, dans la limite d'un pourcentage fixé au 1er janvier de chaque année par arrêté ».

Trois limites en découlent, et elles changent tout.

  • Le plafond encadre une variation, pas un niveau. Il s'applique au prix d'un contrat déjà signé. Le prix proposé à une personne qui entre aujourd'hui est, lui, librement fixé.
  • Il ne vise pas tous les établissements. L'article L342-1 réserve ce chapitre aux établissements qui ne sont pas habilités à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale, à la fraction non habilitée de leur capacité, et aux établissements habilités qui ont opté pour ce régime. Sur les 4 286 établissements dont nous pouvons comparer le prix, 1 060 seulement sont non habilités ; 3 223 sont habilités à l'aide sociale.
  • Il ne porte que sur l'hébergement. Dans un EHPAD habilité, « c'est le président du conseil départemental qui fixe le montant du prix hébergement », rappelle le portail public de la CNSA ; dans un établissement non habilité, « c'est le gestionnaire de l'établissement qui fixe librement le prix hébergement ». Et le tarif dépendance, lui, est fixé par le département dans tous les cas.

Nos deux photos : +3,16 % sur l'hébergement, +1,00 % sur la dépendance

Ce site publie, pour chaque établissement, un prix mensuel « à partir de » calculé selon la convention de la CNSA : prix d'hébergement par jour × 30, plus tarif dépendance GIR 5-6 par jour × 30. C'est une somme de deux tarifs qui n'obéissent pas à la même règle. Séparés, ils racontent deux histoires différentes.

Nous ne comparons que des prix de même nature. Un établissement qui déclarait en 2024 un seul prix de chambre seule, payé par tous ses résidents, et qui déclare aujourd'hui deux prix distincts — l'un pour les bénéficiaires de l'aide sociale à l'hébergement, l'autre pour les autres résidents — ne décrit plus le même prix d'une photo à l'autre : l'écart entre les deux montants n'est pas une hausse. Sur le prix mensuel complet, 798 établissements sont dans ce cas, ou dans le cas inverse ; ils sont écartés de la comparaison, ici comme sur nos pages.

Composante du prixQui la fixeÉvolution médianeEn hausse
Prix d'hébergement, chambre seulele gestionnaire, ou le département si la place est habilitée+3,16 %3 506 sur 4 297 (81,6 %)
Tarif dépendance GIR 5-6le président du conseil départemental+1,00 %3 379 sur 5 345 (63,2 %)

Sur le prix mensuel complet, celui que nos pages affichent, la médiane s'établit à +2,90 % ; en euros, la hausse médiane est de +67 € par mois. 3 606 établissements sur 4 286 ont augmenté, 565 ont baissé, 115 n'ont pas bougé. Les extrêmes vont de −29,2 % à +46,9 % : le classement de l'évolution des prix les nomme un par un, avec la date à laquelle chacun a déclaré.

Attention à ce que ces chiffres ne disent pas. Ils comparent deux déclarations successives du même établissement, séparées de 407 jours en valeur médiane sur le prix complet. Ce n'est pas une hausse annuelle, et ce n'est surtout pas une mesure du respect du plafond : le tarif publié est celui proposé à un nouvel entrant, que la loi laisse libre.

Le pic à 3,21 % : la trace de la règle dans les chiffres

Il y a pourtant un endroit où le plafond se voit à l'œil nu. En rangeant les 4 297 évolutions du prix d'hébergement par tranches d'un dixième de point, une valeur écrase toutes les autres : 405 établissements ont augmenté leur prix de 3,21 %, à cinq centièmes de point près — exactement le taux de l'arrêté du 23 décembre 2024 pour l'année 2025.

Pour être sûr qu'il s'agit d'un pic et non d'une zone simplement dense, nous avons compté, à la même largeur de fenêtre, autour de chaque valeur entre 2 % et 5 %. La moyenne de ces fenêtres est de 49 établissements. Le pic à 3,21 % en compte huit fois plus. Aucune autre valeur ne produit cet effet : ni 3,00 % (95 établissements), ni 4,10 %, le cumul des plafonds 2025 et 2026 (81).

Autrement dit : une part importante des établissements applique le taux réglementaire de l'année non seulement aux contrats en cours, ce à quoi la loi les oblige, mais aussi au tarif qu'ils affichent aux nouveaux entrants, ce à quoi elle ne les oblige pas. Le plafond fonctionne alors comme un prix de référence.

Pourquoi 0,86 % en 2026, après 3,21 %

Le taux n'est pas discrétionnaire. L'article L342-3 le fait dépendre « de l'évolution des coûts de la construction et des loyers, des produits alimentaires et des services et du taux d'évolution des retraites de base ». L'arrêté du 24 décembre 2025, publié au *Journal officiel* du 28 décembre 2025, fixe la limite à 0,86 % pour 2026. Le même mécanisme avait donné 3,21 % un an plus tôt.

Pour un résident déjà en place dans un établissement non habilité, la différence est concrète. Le prix d'hébergement médian des établissements que nous publions est de 73,50 € par jour, soit 2 205 € pour trente jours : à ce niveau, le plafond autorise une hausse de 19 € en 2026, contre 71 € en 2025.

Ce que vous pouvez vérifier vous-même

Les prix que nous publions viennent des déclarations que les EHPAD transmettent à la CNSA — une obligation, « au plus tard le 30 juin chaque année », avec invitation à les mettre à jour à chaque changement. Chaque fiche de ce site porte la date de la déclaration qu'elle affiche, et le lien vers le jeu de données officiel. C'est cette date qu'il faut regarder avant de comparer deux établissements : deux prix déclarés à deux ans d'écart ne se comparent pas.

Le détail de la méthode, des champs et de ce que ce site ne couvre pas est sur la page méthode. Le prix médian département par département est sur le baromètre, et ce que change l'habilitation à l'aide sociale est expliqué dans notre guide dédié.

Questions

Mon EHPAD peut-il augmenter son prix de plus de 0,86 % en 2026 ?

Pour un contrat en cours dans un établissement relevant de l'article L342-1, la hausse du prix du socle de prestations et des autres prestations d'hébergement est limitée à 0,86 % en 2026 par l'arrêté du 24 décembre 2025. Cette limite ne s'applique pas au prix proposé lors de la signature d'un nouveau contrat, qui est librement fixé. Dans un établissement habilité à l'aide sociale, le prix d'hébergement des places habilitées est fixé par le président du conseil départemental.

Le tarif dépendance est-il concerné par ce plafond ?

Non. Le tarif dépendance est fixé par le président du conseil départemental, quel que soit le statut de l'établissement. Entre nos deux photos, il a évolué de 1,00 % en valeur médiane, et il a baissé dans 1 364 établissements sur 5 345.

De combien les prix ont-ils augmenté près de chez moi ?

Le classement de l'évolution des prix donne l'écart entre les deux déclarations de chaque établissement, du plus fort au plus faible, avec les deux prix et leurs dates, quand ces deux prix sont de même nature. La fiche de chaque établissement porte le même chiffre.

Sources