Prix des EHPAD : l'écart d'un département à l'autre
Entre 2 010 € et 3 957 € par mois selon le département : ce que mesurent nos 96 pages, et les deux régimes de tarification qui expliquent l'écart.
Publié le · Sources : Légifrance, Portail national d'information pour les personnes âgées (CNSA), DREES · Par Arno Joyeux
La médiane du prix mensuel d'un EHPAD est de 2 393 € sur l'ensemble des 6 036 établissements que ce site publie au 30 janvier 2026. Mais cette médiane nationale ne décrit aucun département en particulier : elle vaut 2 010 € en Haute-Saône et 3 957 € à Paris. Soit 1 947 € de plus par mois pour la même ligne de facture, et 23 364 € sur une année. Ce n'est pas une différence de confort, c'est d'abord une différence de règle de tarification.
Ce que montre le baromètre
Notre tableau du prix des EHPAD par département classe 94 départements sur les 96 couverts. Les deux autres — la Meuse et le Territoire de Belfort — comptent moins de dix établissements avec un prix déclaré : sous ce seuil, une médiane n'a pas de sens, et le tableau affiche un tiret plutôt qu'un chiffre.
| Les cinq médianes les plus basses | €/mois | Les cinq médianes les plus hautes | €/mois |
|---|---|---|---|
| Haute-Saône | 2 010 € | Paris | 3 957 € |
| Allier | 2 018 € | Hauts-de-Seine | 3 941 € |
| Ardèche | 2 077 € | Yvelines | 3 526 € |
| Haute-Marne | 2 085 € | Alpes-Maritimes | 3 317 € |
| Aveyron | 2 090 € | Essonne | 3 171 € |
Quatre des cinq médianes les plus hautes sont franciliennes ; aucune des cinq plus basses ne l'est. Mais la géographie est un résultat, pas une explication. Deux mécanismes se superposent derrière ce tableau.
Deux régimes de prix, pas un seul
En France, le prix de l'hébergement en EHPAD n'obéit pas à la même règle selon que la place est habilitée ou non à l'aide sociale à l'hébergement.
- Dans un établissement habilité, « c'est le président du conseil départemental qui fixe le montant du prix hébergement », rappelle le portail national d'information pour les personnes âgées, mis à jour le 20 août 2026.
- Dans un établissement non habilité, « c'est le gestionnaire de l'établissement qui fixe librement le prix hébergement ».
Le code de l'action sociale et des familles pose la même frontière : son article L342-1, dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2025, soumet au régime du prix libre les établissements « lorsqu'ils ne sont ni habilités à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale ni conventionnés au titre de l'aide personnalisée au logement », ainsi que la fraction de capacité non habilitée des autres.
Autrement dit, une partie du prix affiché en France est décidée par un conseil départemental, et une autre par un gestionnaire. Un département n'est donc pas seulement un lieu : c'est un tarificateur.
L'écart se lit dans nos propres chiffres
Sur les 6 036 établissements listés dans nos fichiers départementaux au 30 janvier 2026, 4 858 sont habilités à l'aide sociale, soit 80,5 %. En séparant les deux groupes :
- établissements habilités ayant déclaré un prix mensuel : 4 571, médiane 2 301 € ;
- établissements non habilités : 1 170, médiane 3 185 €.
Soit 884 € d'écart par mois entre les deux régimes. La statistique publique situe d'ailleurs sur ces mêmes places non habilitées, celles dont le prix est libre, les écarts les plus marqués entre gestionnaires : dans son étude de septembre 2025 sur les grands groupes d'EHPAD, la DREES relève que ces derniers « pratiquent des tarifs d'hébergement plus élevés, notamment pour les places non habilitées à l'aide sociale à l'hébergement (ASH) (98 euros contre 89 euros en moyenne) » par rapport aux autres EHPAD privés à but lucratif, sur données 2022.
Mais la composition de l'offre n'explique qu'une partie de l'écart
On pourrait en déduire qu'un département affiche des prix bas parce que son offre est majoritairement habilitée. Nous avons rangé les 94 départements classés selon leur part d'établissements habilités, puis comparé le tiers le moins habilité (de 43 % à 77 %) au tiers le plus habilité (de 92 % à 100 %). La médiane de leurs médianes passe de 2 548 € à 2 259 € : 289 € d'écart par mois.
C'est réel, mais c'est une fraction de l'écart total. La composition de l'offre explique environ 289 € des 1 947 € qui séparent la Haute-Saône de Paris ; le reste tient à autre chose. Nos propres chiffres suffisent à le montrer :
- Paris compte 73 % d'établissements habilités — autant que les Alpes-Maritimes (72 %) et presque autant que l'Allier (74 %) — et reste pourtant le département le plus cher de France.
- L'Allier, avec cette même part de 74 %, affiche la deuxième médiane la plus basse du pays, à 2 018 €.
Autrement dit, à part d'habilitation comparable, un prix peut aller du simple au double selon le département. Le régime de tarification décide de qui fixe le prix ; il ne décide pas seul de son niveau.
L'écart à l'intérieur d'un département est aussi grand
C'est la partie que les classements par département passent sous silence, et elle est la plus utile à connaître. Dans la moitié des départements classés, l'écart entre l'établissement le moins cher et le plus cher dépasse 1 771 € par mois — presque autant que l'écart entre la Haute-Saône et Paris. Pour 40 des 94 départements classés, cet écart interne est même supérieur à l'écart entre les deux médianes extrêmes du pays.
Paris est le cas extrême : ses établissements vont de 2 777 € à 7 742 € par mois. Choisir un département ne détermine donc pas un prix ; cela déplace seulement la fourchette dans laquelle on cherchera.
Ce que ce classement ne dit pas
- Le prix comparé ici est celui du socle de prestations d'hébergement, qui couvre l'accueil, la chambre, l'entretien, la restauration, le blanchissage et l'animation. Il ne comprend ni le tarif dépendance, qui dépend du niveau de GIR du résident, ni les soins, financés par l'assurance maladie. Notre simulateur de coût additionne hébergement et dépendance.
- Les prix sont déclarés par les établissements au producteur de la donnée, la CNSA, et repris tels quels : nous ne redressons rien.
- Une médiane départementale n'est publiée qu'à partir de dix valeurs ; quand elle tombe entre deux euros, elle est arrondie à l'euro inférieur, comme sur toutes les pages du site (Paris : 3 957,50 €, écrit 3 957 €), et l'habilitation à l'aide sociale ouvre des droits qui ne se lisent pas dans un prix — c'est l'objet de notre guide sur l'aide sociale à l'hébergement.
- Enfin, ces chiffres décrivent un instant. L'évolution des tarifs depuis le 31 décembre 2024, établissement par établissement, est publiée dans notre classement des hausses et des baisses.
Sources
- Légifrance, code de l'action sociale et des familles, article L342-1
- Portail national d'information pour les personnes âgées (CNSA), Comprendre les prix affichés dans l'annuaire des EHPAD
- DREES, Études et Résultats n° 1346, septembre 2025, Ehpad : un résident sur dix est accueilli dans un établissement géré par l'un des cinq grands groupes